Ce qui reste lorsque tout tombe

Depuis quelque temps, j'ai l'impression que quelque chose accélère.

Je ne parle pas seulement du temps qui semble filer entre nos doigts, même si plusieurs remarquent que les semaines passent comme des jours et que les mois s'effacent parfois avant même d'avoir réellement commencé. Je parle d'un mouvement plus profond, d'un courant difficile à nommer, mais que de plus en plus de personnes semblent ressentir, peu importe leur parcours, leurs croyances ou leur compréhension des choses.

Pendant longtemps, nous avons cherché à nous construire. Nous avons tenté de comprendre qui nous étions, de guérir nos blessures, de développer notre conscience, de trouver notre place et de bâtir une vie qui nous ressemble davantage. Et pour plusieurs, ce travail a porté fruit. Nous sommes devenus plus conscients, plus présents, plus cohérents avec nous-mêmes.

Mais j'ai parfois l'impression que ce qui se présente aujourd'hui va encore plus loin.

Comme si la vie ne se contentait plus de nous demander de transformer nos blessures ou d'améliorer certains aspects de nous-mêmes. Comme si elle nous invitait maintenant à regarder les identités que nous avons construites à partir de cette guérison elle-même, à remettre en question ce que nous pensions avoir compris, et même ce que nous pensions être devenus.

Nous avons passé des années à nous construire, et voilà que la vie nous demande maintenant si nous sommes prêts à devenir plus grands que ce que nous avons construit.

Qui serions-nous si nous ne pouvions plus nous définir par notre histoire, par nos succès, par nos connaissances, par nos croyances ou même par le chemin que nous avons parcouru jusqu'à maintenant ? Qui serions-nous si les fondations sur lesquelles nous nous sommes appuyés pendant des années commençaient doucement à perdre leur emprise ?

Il arrive parfois un moment où la transformation cesse d'ajouter et commence à retirer. Elle retire les certitudes auxquelles nous nous accrochions, les réponses toutes faites qui nous rassuraient, les repères qui nous donnaient l'impression de savoir où nous allions. Et parfois, plus profondément encore, elle retire l'image que nous avions de nous-mêmes.

C'est peut-être ce qui rend cette période si particulière.

Ce n'est pas seulement le monde qui change. C'est notre façon de nous appuyer sur lui.

Beaucoup ressentent de la fatigue. D'autres voient remonter des émotions qu'ils croyaient avoir dépassées depuis longtemps. Certains ont l'impression de ne plus savoir exactement où ils s'en vont alors qu'ils semblaient pourtant avoir trouvé leur direction. Et malgré l'inconfort que cela peut provoquer, je ne crois pas qu'il s'agisse d'une erreur.

J'ai plutôt l'impression que quelque chose cherche à naître derrière tout cela. Quelque chose de plus simple. Quelque chose de plus vrai. Comme si nous étions invités à découvrir ce qui demeure lorsque les rôles, les masques, les attentes, les certitudes et toutes les histoires que nous avons racontées à propos de nous-mêmes commencent à se dissoudre.

La transformation ne retire pas seulement ce qui nous limite. Elle finit aussi par retirer ce que nous pensions être.

Peut-être que ce qui est appelé à disparaître n'est pas seulement ce qui nous limitait, mais également les identités plus raffinées que nous avons construites en chemin, jusqu'à ce que nous découvrions qu'au-delà de toutes les définitions, quelque chose en nous demeure intact.

Peut-être que l'accélération dont plusieurs parlent n'est pas celle des événements. Peut-être est-elle celle de notre rencontre avec nous-mêmes. Et lorsque cette rencontre devient inévitable, il devient de plus en plus difficile de continuer à fuir derrière les identités qui nous ont autrefois protégés.

Alors les mois à venir apporteront peut-être encore du mouvement. Peut-être même davantage que ce que nous avons connu jusqu'à présent. Mais si cela est vrai, alors le plus important ne sera pas ce qui tombera.

Le plus important sera ce qui restera lorsque tout ce qui n'était pas essentiel aura terminé son travail.

Et pourtant, malgré tout ce qui semble se déconstruire sous nos yeux, j'ai l'impression que nous ne sommes pas en train d'assister à une fin, mais plutôt à un commencement. Car lorsque ce qui n'était pas essentiel termine enfin son travail, il devient possible d'entrevoir ce qui a toujours été là, silencieusement présent derrière les couches que nous avons accumulées au fil du temps.

Peut-être sommes-nous à l'aube d'un émerveillement de nous-mêmes par nous-mêmes, d'une redécouverte de ce qui demeure lorsque les identités préfabriquées par nos pensées, nos conditionnements et les héritages reçus des générations précédentes commencent à perdre leur emprise.

Peut-être qu'au-delà de tout ce qui se déconstruit se trouve simplement un état plus pur de l'être, libre de ce que nous pensions devoir être, afin de découvrir enfin ce que nous sommes réellement.

Peut-être qu'au bout de cette traversée ne se trouve rien à devenir, mais simplement un état plus pur de l'être.

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